Méditation du 6 juin par le Pasteur Franck BERGERON

    La passion de notre Seigneur, la croix de Jésus le Christ renverse une image traditionnelle, celle du Roi. Pour ce matin, je vous propose d’essayer d’entendre le message de ce renversement. Nous connaissons tous le fameux renversement du roi Dagobert qui à mis sa culotte à l’envers. Dans le cas de l’Evangile, il ne s’agit pas d’un renversement par le ridicule, mais il se situe sur un autre niveau. Mettons à l’écoute !

    Le thème de la royauté traverse toute la Bible. L’Ancien Testament nous rapporte les hésitations du peuple hébreu. Après avoir subi la domination du pharaon, l’esclavage en Egypte, comment le peuple hébreu pouvait-il encore accepter d’être dirigé par un roi ? Ce fut la période des Juges qui ne témoigne pas d’une méconnaissance de l’administration royale comme on le croit parfois ; mais au contraire d’un refus réfléchi de la royauté. 

    Ceci fait dire à Samuel  “ Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous. il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char.  Il les prendra pour s’en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer des armes et ses harnais. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs.  Il lèvera la dîme sur vos grains et vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service. Il lèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin vous deviendrez ses esclaves. “

    Dans la Bible, le débat politique ne va pas sans poser de questions théologiques. Certains dirent à l’époque que le peuple hébreu ne pouvait pas avoir de roi car le seul vrai roi était Dieu et qu’il ne pouvait pas y avoir deux rois. Cette question fut largement débattue quand la question de la royauté fut posée au peuple hébreux .

    Les antiroyalistes s’opposèrent aux royalistes. A l’argument théologique des antiroyalistes , les royalistes affirmèrent que le roi n’était qu’un lieutenant de Dieu. Un roi est nécessaire pour se défendre contre les invasions étrangères et dire le droit dans le pays, mais il ne doit pas prendre la place de Dieu. Ainsi la même théologie conduit-elle à deux attitudes politiques différentes, le roi demandé ne devra pas ressembler “aux autres”. 

    Contrairement à l’Egypte où le roi est fils du dieu car engendré par lui; contrairement à la Mésopotamie où la fonction royale est divine, le roi des hébreux au contraire est adopté par Dieu. A chaque génération Dieu adopte le nouveau roi. Il transmet ainsi à un étranger une propriété légalement inaliénable. Ainsi le roi représente le Seigneur Dieu devant le peuple et en même temps il résume le peuple devant Dieu mais il ne doit jamais se prendre pour Dieu.

    Par la suite chaque fois qu’un nouveau roi monte sur le trône on espère que ce sera lui le nouveau David. Le prophète Esaïe  annonce la venue d’un petit prince. Ainsi parle le Seigneur “ Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, la lumière a resplendi.  Tu as fait abonder leur allégresse, tu as fait grandir leur joie. Ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit de la moisson, comme on jubile au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, le bâton à son épaule, le gourdin de son chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de Madiân. Tout brodequin dont le piétinement ébranle le sol, et tout manteau roulé dans le sang deviennent bons à brûler, proie du feu.  Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. La souveraineté est sur ses épaules. On proclame son nom Merveilleux, Conseiller, Dieu-fort, Père à jamais, Prince de la paix. Il y aura une souveraineté étendue et une paix sans fin pour le trône de David et pour sa royauté qu’il établira et affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. L’ardeur du Seigneur, le Tout-puissant fera cela. “

    Je disais au début de cette méditation que la Passion de notre Seigneur Jésus, le Christ renverse une image traditionnelle, celle du Roi et que pour ce matin, je vous proposais d’essayer d’entendre le message de ce renversement. La brève enquête que nous venons de faire dans l’Ancien Testament    proclame ce renversement Le seul vrai Roi, c’est Dieu.

    A l’époque de Jésus, la royaume du peuple hébreu à complètement disparu. Il est sous domination étrangère depuis des siècles. Seul subsiste une vague espérance, celle dont nous venons de parler l’Espérance messianique. Quelques extrémistes voudraient que revienne un roi pour mettre dehors les occupants et rétablir le grand royaume d’Israël. Ces extrémistes finiront par soulever tout le peuple contre les romains ; ce qui aboutira à la destruction du temple en 70. 

    Jésus pourrait être classé parmi ces extrémistes et pourtant ! C’est ce que pensent certains  “ Le peuple restait là à regarder, les chefs, eux, ricanaient; ils disaient Il en a sauvé d’autres . Qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’Elu. Les soldats aussi se moquèrent de lui s’approchant pour lui présenter du vinaigre, ils dirent Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même.  Il y avait aussi une inscription au dessus de lui C’est le roi des juifs. “ 

    Les évènements tragiques que nous rapportent les récits bibliques ne sont qu’un énorme quiproquo. Les uns ont dans leur tête l’image d’un roi triomphant, majestueux et voilà que Jésus opère un renversement de cette image. Il ne la détruit pas, il la transforme. Souvenez-vous de ce roi qui entre triomphalement dans sa capitale mais monté sur un anon . 

    L’évangile de Matthieu nous rapporte un autre épisode qui va dans le même sens Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; avec des épines ils tressèrent une couronne qu’ils lui mirent sur la tête, ainsi qu’un roseau dans la main droite ; s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant Salut roi des juifs !

    Le peuple attend un sauveur qui viendra les délivrer de la domination romaine et qui restaurera le grand royaume d’Israël. Mais voilà, Jésus se présente comme le sauveur mais où la toute puissance est renversée. Il ne vient pas triomphalement sur un char à la tête d’une armée nombreuse et invincible, mais il nait dans une étable sans que personne ne s’en aperçoive.

    Jésus est bien le roi; c’est même Pilate  qui le dit  Es-tu le Roi des Juifs ? demande t’il  à  Jésus  qui lui répondit C’est toi qui le dit !   Jésus est bien le roi mais il opère un renversement, il transforme, il bouleverse, il convertit. Face à cette conversion, deux réactions restent possibles. Soit ceux qui l’entendent restent à l’extérieur de l’évènement. La scène devient alors ridicule. C’est ce qui arrive quand les soldats se moquent de Jésus ou quand les chefs du peuple ricanent.  Soit ceux qui entendent le renversement opéré par Jésus entrent dans la démarche ils entendent alors un appel à la conversion.

    Convertissez-vous, le Règne des Cieux s’est approché, proclamait  Jean le baptiste. Nous avons souvent de la peine à entendre cet appel à la conversion pour de nombreuses raisons, qui sont souvent de bonnes raisons à nos yeux. Nous n’avons pas envie de nous mettre à l’écoute de la parole de Dieu, du texte biblique parce qu’entreprendre une telle démarche nous fait peur. En effet, entendre le renversement que Jésus opère dans l’histoire a des conséquences dans notre vie de tous les jours.

    Que ce soit dans l’Ancien Testament avec le thème de l’adoption, que se soit dans le Nouveau Testament avec le thème de la fragilité, l’image du roi ne reste pas intacte. Le Messie en convertissant cette image du roi nous appelle à la conversion. Nous ne pouvons que changer notre propre image du roi, celle qui hante le fond de notre être. Chacun d’entre nous ici présent a la sienne, cette image nous habite ; elle est née et s’est construite à partir de notre rapport à l’autorité. 

Quoique nous ne pouvions guère partager cette quête de toute puissance qui habite chacun d’entre nous, je vous confie maintenant ce qui m’émeut dans ce renversement du roi que je peux entrevoir ci ou là. Ces images sont elles-mêmes prises dans mes propres conceptions du roi. Cependant ce n’est qu’à travers elles que je peux dire ma foi.

    Je reconnais dans le texte que Paul écrit aux chrétiens de la ville de Philippe dans le nord de la Grèce ce bouleversement de la royauté. Il écrit   Ayez un même amour, un même cœur, recherchez l’unité, ne faite rien par rivalité, rien par gloriole, mais avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde ne regarde pas à son bien seulement, mais aussi au bien des autres. 

    Combien de fois sommes nous meurtrie ou découragé en disant que cette église de Toulouse n’est pas accueillante, que l’on peut venir au culte le dimanche matin et en repartir sans que personne ne nous adresse la parole. Qu’elle manque de projet ambitieux, qu’elle ne sait que s’occuper de ses petites affaires sans partager avec les autres. Que les pasteurs ne sont pas comme nous voudrions etc …  Je crois que toutes ces critiques sont vrais et que nous devons les prendre au sérieux.

    Et pourtant nous qui les formulons, nous sommes pris dans ce rêve de toute puissance que le Christ nous demande de renverser. Notre vision de la vie communautaire et de l’église a besoin d’être converti comme le Messie sur la croix renverse l’image du roi.

    Je suis personnellement édifié chaque fois que l’humilité et la persévérance habite l’entreprise de l’un d’entre nous. Que ce soit auprès des jeunes dans les mouvements de jeunesse, la catéchèse de tous les âges ou des étudiants, que ce soit auprès des plus démunis, à l’entraide protestante, lors des repas fraternels, … et bien d’autres choses encore.  Dans toutes ces entreprises, ce qui m’édifie c’est l’humilité et la persévérance.

    Notre communauté n’a pas besoin de se conformer aux lois de ce monde. Elle n’a pas besoin de briller ni d’être un faire valoir, elle n’a pas besoin de prouver au monde et encore moins à ses paroissiens ce dont elle est capable; mais elle doit sans cesse se réformer pour laisser là ces rêves de toute puissance pour se tourner vers l’amour de son Dieu.    L’humilité et la persévérance ne seront plus une folie mais un engagement sur les pas de notre Dieu.

    En prenant au sérieux l’appel à la conversion de notre Seigneur, évitant ainsi le cercle sans fin de la culpabilité et de la rancœur, nous pouvons entendre alors l’exhortation de paul aux Philippiens « Ayez un même amour, un même cœur, recherchez l’unité, ne faite rien par rivalité, rien par gloriole, mais avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde ne regarde pas à son bien seulement, mais aussi au bien des autres. »

Amen

Mot de la Présidente

Chères et chers ami(e)s,

Voici quelques annonces concernant notre Paroisse.

  • Mercredi 9 Juin, à 18 h 30, première réunion de préparation pour l’organisation du Synode National qui se tiendra à Mazamet pour l’Ascension 2022, c’est-à-dire du 26 au 29 Mai.
    Nous aurons besoin d’un maximum de personnes pour que cette manifestation puisse avoir lieu dans les meilleures conditions. Merci déjà de retenir cette date.
  • Jeudi 10 Juin, à 13 h, réunion du Bureau du CP en visioconférence,
    A 15 h, culte au Refuge,
    A 18 h, à Rouvière, rencontre de la chorale avec Nathalie et Jean-Paul Caubère pour un partage de nouvelles, de chants et de quelques agapes.
  • Dimanche 13 Juin, culte intergénérationnel à 10 h 30, à Rouvière suivi d’un pique-nique au lac des Montagnès et d’une après-midi récréative, avec les parents. Cela permettra également de faire le bilan de cette année et de se projeter pour la rentrée.
  • Mardi 15 Juin, les 2 ecclésioles, de Michel Bardy et de La Tourette avec le Pasteur Fidy
    se retrouveront à 17 h à Rouvière pour leur dernière rencontre.

RAPPELS

  • Permanence à la Tourette, les samedis après-midi de 15 à 17 h, pour consulter, acheter des livres d’occasion à très bas prix sur le thème « religieux » au sens très large, tout en discutant autour d’un café si vous le souhaitez.

Bonne semaine à chacune et chacun d’entre vous.
Très fraternellement.

Josiane Estrabaud, Présidente du Conseil Presbytéral