Méditation du 25 avril par le Pasteur Magalie Schvartz

Job 7,1-7 / I Corinthiens 9,16-23 / Marc 1,29-39

Il me faut vous dire que ma réaction à la lecture de ces textes m’a étonnée après coup. Et j’ai réalisé que la situation actuelle n’était pas sans effet sur mon optimisme que je pensais naturel et bien ancré ! La morosité ambiante les « si » et le conditionnel qui devient la conjugaison du présent, l’impossibilité de faire étude biblique, repas, ou rencontres non masquées, entendre que ça fait déjà un an qu’on vivote à défaut de pouvoir vivre, bref, quand j’ai lu les textes plutôt que de râler sur ce choix pessimiste et quelque peu obscur, je me suis dit : c’est ça ! plus d’espérance, Job a raison. La vie passe et on ne peut en profiter. Le bonheur ne reviendra pas. Et comme Paul, me voilà à dire l’évangile parce que je n’ai pas le choix ! je me fais confinée avec les confinés, masquée avec les masqués (sauf au culte !), présentielle avec les présentiels, distancielle avec les distanciels, je vais bientôt me faire virus avec le virus pour lui annoncer l’Evangile !

Et pendant ce temps, Jésus qui guérit les démoniaques à tour de bras, qui se fait servir par la belle-mère de Pierre, et qui joue à cache-cache avec ses disciples, eux qui viennent de tout quitter pour le suivre et qui ne le trouvent pas quand ils se lèvent le matin. C’est pourtant simple de prévenir qu’on est parti prier tranquillement et qu’on a besoin de se confiner un peu à l’écart. 

Vraiment, il y a certaines pages de la Bible qui ne donnent pas envie de dire « oui » à Dieu. 

Qui ne donnent pas envie de s’engager à sa suite. 

Qui ne donnent pas envie de mettre la main à la pâte pour que la Bonne Nouvelle continue à se répandre, dans tous les lieux, dans tous les temps, auprès de toutes et tous de notre monde. 

Job n’a pas eu la vie facile. Il a accumulé coup dur sur coup dur. Ses amis lui ont dit qu’il n’avait pas une vraie foi, qu’il était orgueilleux, puni par Dieu. Les autres se sont moqués de lui, ont eu plaisir à le voir dégringoler du haut de l’échelle sociale, à le voir malade, à le voir mis à l’écart.

Et pendant ce temps, Jésus guérit les démoniaques à tour de bras sans rien leur demander. Eux qui étaient rejetés parce qu’on les considérait comme punis par Dieu et que vue la maladie qui les atteignait, ils avaient dû gravement offenser Dieu…il leur suffisait d’une bonne âme qui leur parle de Jésus, voire qui les accompagne jusqu’à lui et ils étaient guéris.

Et Jésus de faire fi de ce qu’on attend de lui et de partir se ressourcer à l’écart, prier pour rester à l’écoute de la volonté du Père. 

Et de ne pas refuser que la belle-mère de Pierre le serve, lui et ses disciples.

Job n’a pas accepté ce qui lui arrivait. Il a refusé d’écouter ses amis et d’entrer dans une démarche de culpabilisation. Il a crié haut et fort à l’injustice, il a revendiqué son innocence, il a même convoqué Dieu pour une explication : il n’accepterait sa situation comme une punition uniquement si Dieu, et Dieu seul, lui disait où était son erreur, sa faute.

Et Jésus de guérir, sans rien demander, sans rien dire aussi. Il ne s’inquiète pas de savoir pourquoi ces hommes et ces femmes sont malades. Il ne questionne pas pour savoir s’ils sont pieux, si leur colère contre Dieu dans ce quotidien invivable mais qu’ils doivent vivre, ne les mène pas à blasphémer. 

Paul, quant à lui, se sent prisonnier de l’Evangile. Quel paradoxe. Être prisonnier d’une Parole qui libère, qui ouvre à la vie. C’est que Paul a dû annoncer l’Evangile tous les jours, depuis le jour où sur le chemin de Damas, sa vie a basculé, et jusqu’à sa mort. 

Lui aussi a connu le découragement, la lassitude. Il voyait celles et ceux qui recevaient la Parole continuer à vivre leur vie, autrement, à l’aune de l’évangile mais sans être comme lui, sans cesse sur les routes. 

Et ceux qui le rejettent plus ou moins violemment -il aura connu la flagellation, la prison, quelques lynchages ratés. 

Ceux qui ne lui font pas confiance : comment un farouche opposant au Christ peut-il devenir son principal porte-parole ? Et puis, s’il se repose dans la maison de l’un ou de l’autre, s’il profite un peu trop du confort, d’un bon repas, d’une amitié, il y aura toujours une âme charitable pour le taxer de profiteur ! 

Et Jésus d’accepter que la belle-mère de Pierre le serve, lui et ses disciples. 

De continuer à guérir après le coucher du soleil, sans relâche.

De se faire rabrouer par ses propres disciples quand il ose aller prier seul parce que « tous te cherchent » !

Paul, comme Job, a dû avaler des couleuvres. Que ne ferait-on pas pour annoncer l’Evangile. C’est vrai, il est un peu jusqu’au-boutiste Paul, comme Job, il est un peu une tête brûlée. 

Job ose convoquer Dieu pour une explication en tête-à-tête.

Paul ose tout pour que toutes et tous entendent l’Evangile : juif avec les juifs, païen avec les païens, faible avec les faibles…un vrai caméléon. 

Cela a dû être usant, éprouvant, quelle constitution il fallait. On peut comprendre quelques mouvements d’humeur. Parce qu’il n’y a pas de répit, pas de repos : l’urgence de l’Evangile le pousse à toujours aller ailleurs annoncer l’amour de Dieu pour tous, pas que pour quelques-uns.  

Et Jésus de ne pas tenir en place. Il faut aller ailleurs. Il faut enseigner partout, guérir celles et ceux qui ne peuvent venir à lui. Marcher, avancer, sans cesse, l’évangélisation ne se fait pas à partir d’un nid douillet. 

Evangéliser n’est pas un sujet de gloire, dit Paul…s’il y a les critiqueurs il y a aussi celles et ceux qui confondent le message et le messager. Paul, comme Jésus, ont dû mettre leur ego dans la poche, avec quelques mouchoirs dessus pour l’étouffer au maximum. 

La récompense n’est pas de ce monde. Quand on reçoit, on se sent souvent débiteur. Tu m’invites, je te réinvite. Tu m’offres un cadeau à Noël, je t’en offre un à ton anniversaire. 

Mais quand on reçoit l’Evangile, cette Parole de vie qui bouleverse notre vie…on ne peut que dire « merci » …à Dieu ! 

Et Jésus et Paul après lui de bouger, d’aller ailleurs pour ne pas être transformés en gourou, en formule magique. 

Evangéliser, annoncer le Royaume, prêcher, demandent souplesse et vigilance. 

Il y a des jours exaltants où on le fait de bon gré et l’on trouve une récompense aussi dans les échanges, les sourires, en voyant que la Parole touche les uns, fait grandir les autres. 

Et il y a les jours où on se traîne, et où on traîne les pieds parce que c’est plus le blues que l’Evangile qui nous habite mais il faut ! on évangélise, comme Paul, malgré soi…c’est une charge qui nous est confiée ! 

Et Jésus quand il fait encore très sombre, de se lever, d’aller dans un lieu désert et de prier. 

C’est ce qu’a fait Job, d’une façon extrême mais au cœur de ses souffrances il a su dire « je sais que mon rédempteur est vivant », et à la fin de l’histoire, Dieu le rejoint et le relève.

C’est ce qu’a fait Paul, annonçant sans relâche la bonne nouvelle, accessible à tous, compréhensible pour tous, il a su puiser sans cesse ce qu’il lui fallait de force, de foi, de confiance pour rester serviteur de ce Dieu qui l’avait saisi et qu’il avait décidé de suivre, pour, je reprends ses mots « se faire tout à tous ». 

C’est ce qu’il nous faut faire, à notre façon : trouver le temps de la rencontre avec Dieu, puiser dans sa Parole la foi, l’espérance et l’amour. Et aller, aller vers les autres, vers demain, avec cette Bonne Nouvelle à partager, cette grâce à offrir. Elle est pour nous, elle est pour tous.

Amen.

Mot de la Présidente