Culte du 20 décembre par le Pasteur Fidy RAKOTOZAFY

Luc 1, 26-38 et Gen 32 25-33

La semaine dernière, le texte de l’évangéliste Jean à partir duquel portait notre méditation nous appelle à préparer le chemin du Seigneur, celui qui vient, pour que l’autre puisse rencontrer Jésus-Christ dans la foi et l’Espérance. En ce quatrième dimanche de l’Avent, l’évangéliste Luc raconte une naissance inhabituelle. Un ange rend visite à une jeune femme, inconnue Marie, pour lui annoncer qu’elle serait la mère du Messie attendu, le Sauveur. Marie, « réjouis-toi, tu as la grâce auprès de Dieu. ». Quelle belle surprise ? Mais serait-il facile pour elle de refuser cette faveur, cette grâce de Dieu ? 

Ce récit de l’annonciation n’est plus un secret pour la plupart d’entre nous. Peut-être qu’il ne nous surprend plus car chaque année, à la même période, il nous est relu et commenté pour nous rappeler la naissance de Jésus de façon mystérieuse et miraculeuse. L’ange Gabriel, le messager de Dieu annonce à Marie de manière inattendue qu’elle mettra au monde un enfant, mais ce n’est pas n’importe lequel. Il sera  appelé Fils du Très-haut, successeur de David, le célèbre roi d’Israël. Il est engendré par l’Esprit et sera appelé Fils de Dieu. 

Cette histoire ne nous étonne plus. Nous admettons que c’est comme ça, car c’est écrit ainsi. Il n’y a plus rien à dire. En effet, Luc ne nous dit pas grand-chose sur les origines de Marie ni sur sa foi. Mais nous savons simplement qu’elle était une jeune fille, qui signifie vierge, et que Dieu l’avait choisie parmi tant d’autres. De plus, le nom de Joseph n’est pas mentionné dans cette affaire, contrairement à l’Evangile de Mat où il est celui qui a été visité par un ange en songe lui annonçant que Marie, sa fiancée, enfantera un fils du nom de Jésus. 

Je me suis dit : Luc laisserait-t-il entendre à ses lecteurs de ne pas s’arrêter sur la manière dont nous raisonnons en tant que scientifiques et selon notre logique humaine, comment physiologiquement cela s’est passé. C’est-à-dire de penser qu’il faut être deux pour faire naitre un enfant. Et qui peut croire aujourd’hui à une histoire pareille? C’est la même chose que la résurrection du Christ. Il n’y a aucune preuve scientifique qui peut donner des explications sur la façon dont comment elle s’était produite. Cependant, pour les chrétiens, la résurrection est possible et se vit ici et maintenant dans une expérience et dans une relation de foi, de confiance en Jésus-Christ mort et ressuscité. 

Ainsi, avant d’aller plus loin dans notre réflexion, Luc nous suggère-t-il alors d’emblée de lire ce récit sous le regard de la foi, à savoir la nôtre mais aussi celle de Marie ?

Mais même au regard de la foi, ce récit est déroutant. Il bouscule et pose tant de questions. Voyons le cas de Marie : elle a été troublée, ce qui veut dire qu’elle avait eu peur. Elle aurait pu penser : qu’est-ce que je vais devenir ? Mon corps va changer. Et comment le dire à Joseph et quelle serait sa réaction? Comment vont réagir mes parents et les gens de mon entourage? Ils vont me prendre pour une folle ? Etc…Etre à la place de Marie n’est pas si simple, en plus elle porte l’enfant Dieu. 

Elle qui avait une vie tranquille avec Joseph, sans histoire, la voilà confrontée à faire un choix décisif : soit sauver son couple soit faire confiance à Dieu. Pour l’aider à croire, Dieu la rassure et lui donne un signe tangible : Marie, ne t’inquiète pas, crois seulement. Ta tante Elisabeth, stérile, attend un enfant. Elle est dans son sixième mois de grossesse. Marie s’incline et se laisse conquise par la volonté de Dieu qui s’accomplira à travers elle. Sa soumission n’est pas une attitude passive mais s’inscrit dans une dynamique de foi en paroles et en actes. La suite du récit nous raconte sa rencontre avec sa tante où chacune exprime une profonde joie et reconnaissance de l’action de Dieu dans leurs vies. 

Pour donner plus de relief à ce récit, je l’ai mis en parallèle avec le livre de la Gen 32 selon lequel Jacob, l’illustre ancêtre fils d’Isaac, une personne imparfaite, lutte avec un inconnu au gué du Yabboq. Le combat est rude et dure jusqu’au lever de l’aurore. Jacob s’acharne sur lui et lui dit : « Je ne te laisserai pas partir sans que tu m’aies béni ». L’inconnu lui donne une nouvelle identité « Israël », qui veut dire « celui qui a lutté avec Dieu ». Dieu a cédé. C’est-à-dire il a fait grâce à Jacob: il le bénit. Israël désignera une grande nation, les enfants de Jacob et sa postérité incluant Jésus-Christ. 

Jean Daniel Causse, disait que « ce n’est pas n’est pas quelque chose en l’homme qui est transformé par la grâce, c’est la situation de l’homme et donc l’homme lui-même dans ce qu’il vaut devant Dieu, dans ce pourquoi il est tenu par Dieu ». Selon Martin Luther, la grâce surgit toujours au cœur d’un combat, car là s’éprouve ce qui nous tient vraiment ; ce que nous croyons doit passer au creuset de l’expérience. 

Face à l’ange, Marie n’avait pas eu de combat intense corps à corps comme l’avait expérimenté Jacob avec Dieu. Je pense qu’elle devait avoir au fond d’elle-même un combat intérieur. Et c’est ce qui se manifestait par ses craintes. Mais au final, elle s’est laissée entièrement combler par la grâce de Dieu. C’est sa consolation, car elle a laissé Dieu faire son œuvre en elle selon sa volonté. 

Que nous ayons une attitude passive comme Marie, ou/et combative comme Jacob, Dieu n’est pas indifférent à nos luttes, à nos cris de détresse, à nos incompréhensions. Le Seigneur Jésus est proche et Dieu accomplira en Lui sa promesse : sa grâce pour toute l’humanité. La grâce c’est le salut qu’il donne en Jésus-Christ pour toi, pour moi, pour tes proches, pour tout le monde. 

Aussi bien Marie que Jacob, la grâce de Dieu a changé leur situation, leur vie. Participants au projet de Dieu pour le salut du monde, ils sont devenus source de bénédiction. Et si nous nous laissons vaincre par la grâce, par un Dieu qui se laisse vaincre ? Nous sortons dans une apparente défaite mais pourtant n’est-ce pas une victoire de la vie, une Espérance vivante? 

Amen.